Windows 11 s'ouvre aux agents IA : Microsoft change de braquet face aux dots d'OpenAI et aux agents de Claude
Le mercredi 7 octobre 2026, lors d'un événement consacré à Windows et aux ordinateurs Surface, à San Francisco, Microsoft a présenté Windows 11 comme une plateforme pour les agents IA. Un agent IA est une IA qui ne se contente pas de répondre : elle agit, ouvre des fichiers, utilise des outils, envoie des messages. Le mot d'ordre de Microsoft est l'« intelligence hybride » : faire travailler l'IA sur votre propre PC quand c'est pertinent, et faire appel au cloud (des serveurs distants) quand c'est nécessaire. Selon Fortune, Satya Nadella, le patron de Microsoft, décrit lui aussi Windows comme un système mêlant IA dans le cloud et IA locale.
Première annonce : Copilot pourra, avec votre autorisation, s'appuyer sur le contenu de votre PC, agir dans Windows (par exemple organiser des fichiers ou diagnostiquer l'appareil) et utiliser des modèles qui tournent en local. Fortune donne un exemple : un utilisateur pourra demander à Copilot de rassembler tout seul les fichiers nécessaires à sa déclaration d'impôts, éparpillés sur son PC. Selon Jacob Andreou, responsable de Copilot, les tâches qui ne demandent pas de grosse puissance de calcul peuvent s'exécuter sans passer par le cloud. Attention au temps du verbe : Microsoft prévoit un début de déploiement « dans les prochains mois », sur les PC dits Copilot+ (équipés d'une puce dédiée à l'IA), et Fortune précise que certaines fonctions montrées ne sont pas encore disponibles.
Deuxième annonce : Autopilot, l'agent personnel de l'application Copilot. On peut lui donner un nom, un rôle et un objectif. Fortune cite des usages comme les points d'avancement d'un projet, le suivi des décisions et des échéances, le rappel aux collègues des engagements à tenir, le rassemblement d'éléments de préparation ou la prise de contact avec des partenaires. Microsoft le décrit comme un agent persistant, proactif et personnel. Autopilot a été présenté le 25 septembre 2026 ; Microsoft annonçait alors son extension en préversion privée à la fin du mois. Je n'ai trouvé ni date de disponibilité plus précise, ni détail sur les conditions d'accès. À noter : dans ce billet, Autopilot est décrit comme hébergé dans le cloud, dans l'espace de l'organisation. Une précision utile : ne le confondez pas avec Windows Autopilot, un service existant qui sert aux entreprises à déployer leurs PC.
Troisième annonce, la plus structurante à mes yeux : les Execution Containers (conteneurs d'exécution). Ce sont des espaces cloisonnés dans lesquels un agent travaille, avec des règles fixées par l'organisation ou par le développeur : à quels fichiers et à quels réseaux l'agent a accès. Windows applique ces règles au moment de l'exécution, et le niveau d'isolation va du simple processus jusqu'à la machine virtuelle. Annoncés en préversion à la conférence Build, début juin 2026, ils sont déclarés disponibles sur Windows 11 le 7 octobre 2026 : TechCrunch écrit « pour tous les utilisateurs de Windows 11 », le billet officiel de Microsoft parle de disponibilité générale. Les sources que j'ai lues ne précisent pas les éditions de Windows concernées. Pour une organisation, les règles se fixent et se suivent avec Agent 365 et Intune, et Microsoft prévient que la gouvernance à grande échelle peut nécessiter des services supplémentaires.
Côté agents, Microsoft cite notamment, parmi ceux qui sont pris en charge ou en cours de prise en charge, Codex (l'agent de code d'OpenAI), GitHub Copilot, OpenClaw, LM Studio, Replit, OpenShell de NVIDIA et Unsloth AI. Claude Code, d'Anthropic, figure parmi les éditeurs qui prévoient une prise en charge, sans date. Je n'ai trouvé aucune mention de Gemini ni de Mistral dans les documents de Microsoft : pour eux, la question reste ouverte.
Côté matériel, Microsoft présente le Surface Laptop Ultra, équipé de la puce NVIDIA RTX Spark (jusqu'à 128 Go de mémoire partagée entre le processeur et la partie graphique, selon Microsoft). Prix annoncé : à partir de 2 599 dollars américains, avec précommande ouverte depuis le 7 octobre et disponibilité à partir du 16 octobre 2026. Le billet de Microsoft parle d'une vente sur Microsoft.com et chez des revendeurs sélectionnés dans le monde, avec des délais qui peuvent varier selon le marché. Je n'ai trouvé ni prix en euros ni calendrier propre à la France. Comme modèles pouvant tourner en local sur cette puce, Microsoft cite MAI Code 1.1 Flash (le sien), DeepSeek V4 Flash, un modèle d'origine chinoise, et Nemotron, de NVIDIA, annoncé comme à venir.
Ce que cela change se comprend mieux en comparant avec ce qui existe déjà. Les dots d'OpenAI, présentés le 29 septembre 2026 lors du DevDay et déployés progressivement, font vivre l'agent dans le cloud : il dispose de son propre ordinateur et de son propre navigateur, hébergés par OpenAI, et continue à travailler en tâche de fond même quand vous avez fermé ChatGPT, puisque sa machine est dans le cloud. D'après la documentation d'aide d'OpenAI, l'accès à votre ordinateur est facultatif et coupé par défaut ; si vous le donnez, celui-ci doit en revanche rester allumé avec l'application ChatGPT ouverte. Au lancement, les dots sont proposés avec ChatGPT Pro (hors Espace économique européen, Suisse et Royaume-Uni, donc hors France) et Business Premium, avec en plus une bêta pour les espaces Enterprise, Edu et Healthcare, désactivée par défaut. Windows fait un autre choix d'équilibre : l'agent peut travailler près de vos fichiers, sur votre machine, dans un espace cloisonné par des règles, tout en gardant le cloud en renfort. Entre les deux, le mot « hybride » : local quand c'est possible, cloud quand c'est nécessaire.
Chez Anthropic, l'approche mêle l'agent qui travaille avec vous sur vos fichiers (Cowork) et des travaux confiés au cloud. Cowork, le mode agent de Claude, ne voit que les dossiers que vous lui connectez et propose jusqu'à trois niveaux de contrôle selon la version de l'application : validation manuelle de chaque action (par défaut), approbation automatique avec un contrôle de sécurité de chaque action, ou aucune pause, un mode où rien ne vérifie ses actions. Dans tous les cas, il doit obtenir votre permission explicite avant de supprimer définitivement des fichiers. Ses tâches planifiées s'exécutent dans le cloud : elles n'exigent ni PC allumé ni application ouverte. Dès qu'il faut atteindre des éléments de votre ordinateur (fichiers locaux, navigateur), l'application doit en revanche rester ouverte. Cowork est réservé aux offres payantes. Pour les projets plus vastes, les Projects de Claude Code (billet du 17 septembre 2026, en bêta pour une sélection d'abonnés Pro et Max qui utilisent les sessions cloud de Claude Code) confient à un coordinateur le soin de répartir le travail entre plusieurs fils menés en parallèle dans le cloud, chacun sur sa propre copie du code ; chaque fil ouvre ses propres demandes de fusion (pull requests) et vous pouvez examiner et orienter chaque fil avant d'assembler le tout. Je n'ai pas trouvé d'annonce d'Anthropic d'un agent personnel permanent grand public comparable aux dots, mais plusieurs briques s'en rapprochent : les tâches planifiées de Cowork, les Projects de Claude Code et Claude Managed Agents, destiné aux développeurs depuis avril 2026.
Deux liens entre Anthropic et l'événement de Microsoft. Claude Code figure parmi les agents dont l'éditeur prévoit de prendre en charge les Execution Containers, sans date. Et Claude Sonnet 5.5 est proposé dans Microsoft 365 Copilot (licences professionnelles) : déploiement lancé le 30 septembre 2026 dans Copilot Cowork (le produit de Microsoft, à ne pas confondre avec Cowork de Claude) et dans Copilot Studio, puis progressif dans Word, Excel, PowerPoint et le Chat, à condition que l'organisation ait activé Anthropic comme sous-traitant.
Chez Google, l'agent personnel s'appelle Gemini Spark : présenté le 19 mai 2026 lors de Google I/O, c'est un assistant qui travaille en arrière-plan pour votre compte, avec votre autorisation. Mais il n'est pas disponible en France : Google ne le propose pas dans l'Espace économique européen (ni en Suisse, ni au Royaume-Uni) et n'a donné ni raison ni calendrier, d'après les sources que j'ai lues. Côté poste de travail, Antigravity 2.0 (19 mai 2026) est une application de bureau construite autour d'agents : sous-agents, tâches en arrière-plan, tâches planifiées. Née pour le code, elle vise aussi le travail de connaissance. Google introduit par ailleurs les compétences (skills), des consignes réutilisables destinées à remplacer les Gems : le déploiement a commencé le 5 octobre 2026 dans Workspace pour une partie des domaines, et commence le 13 octobre dans l'application Gemini ; les Gems restent utilisables pendant la transition. Quant à Gemini 4 Argon, présenté fin septembre 2026 (le 30 selon la presse), il n'est pas encore généralement disponible : Google le confie pour l'instant à un petit groupe de testeurs de confiance.
Chez Mistral, l'agent s'appelle Vibe, le nom donné à Le Chat depuis le 28 mai 2026. Il a deux modes, Work (recherche, brouillons, tâches planifiées, selon la presse spécialisée) et Code (agents de programmation). Le 22 septembre 2026, Mistral a annoncé la fusion de l'ancien mode Chat et de Work en une seule expérience, plus simple : la migration des comptes gratuits, Pro et Team a commencé progressivement le 14 septembre 2026, et celle des comptes Enterprise le 1er octobre, chaque administrateur choisissant son moment dans une fenêtre d'environ six mois. Vibe se branche à plus de 100 outils par des connecteurs et le standard MCP (un standard qui permet à un agent de se connecter à vos logiciels). Les clients Enterprise peuvent le faire tourner chez Mistral, dans un cloud privé ou sur leurs propres serveurs, avec résidence des données, sur devis. Le 6 octobre 2026, Mistral a aussi présenté Mistral Large 4, un modèle annoncé comme à poids ouverts (des fichiers que l'on pourra télécharger) : il est à ce stade en préversion (version préliminaire) via son API (l'accès pour les développeurs), et ses poids sont promis d'ici la fin octobre 2026.
Au fond, trois questions séparent ces approches. Où travaille l'agent : dans le cloud, sur votre PC, ou les deux ? Qui fixe ses limites : vous, votre service informatique, l'éditeur ? Et qu'est-ce qui est réellement disponible en France, d'après les sources que j'ai lues ? Sur ce dernier point, le tableau est contrasté : les Execution Containers sont annoncés comme disponibles sur Windows 11 ; les fonctions locales de Copilot arrivent dans les prochains mois, tandis qu'Autopilot reste en préversion privée, sans date annoncée ; les dots exigent Business Premium en Europe ; Gemini Spark n'est pas proposé dans l'Espace économique européen ; Cowork est réservé aux offres payantes de Claude ; Vibe est accessible à tous (formule gratuite, Pro et Team), avec une formule Enterprise sur demande pour les déploiements sur mesure.
L'avis d'Emmanuel
Ce que je retiens, c'est que la plupart des grands acteurs convergent vers la même idée : un agent à qui l'on confie une mission durable. La différence qui me paraît de plus en plus importante, au-delà de l'intelligence du modèle, c'est l'endroit où l'agent travaille et la barrière qui l'entoure. Dans le cloud, c'est pratique : l'agent peut continuer à travailler même quand vous avez fermé votre session, mais vos données sont en général traitées chez l'éditeur, sauf formules particulières (cloud privé, serveurs internes). Sur votre PC, ou dans un espace cloisonné comme les Execution Containers, l'agent n'accède qu'à ce que vous lui ouvrez, ce qui limite les risques. Reste à vérifier, outil par outil, si le modèle tourne en local ou dans le cloud. Les deux approches se complètent, et le mot « hybride » me paraît juste.
Ma réponse est une réponse de prudence, pas de peur. Si vous êtes sur Microsoft, ne vous précipitez pas sur un nouvel ordinateur : les fonctions locales de Copilot arrivent dans les prochains mois, Autopilot reste en préversion privée, sans date annoncée, et je n'ai trouvé ni prix en euros ni calendrier pour la France sur le Surface Laptop Ultra. Commencez plutôt par ce qui existe : une mission peu sensible, un dossier précis, un mode « demander avant d'agir ». Et demandez à votre service informatique s'il compte activer les Execution Containers, et qui fixera les règles.
Mon réflexe, que je vous livre comme une préconisation : une mission, un périmètre écrit, un responsable humain. Pour poser ces règles par écrit, c'est le rôle de Ma charte IA (rubrique AGIR) ; et les derniers modèles de chaque famille sont sur la carte des IA (rubrique COMPRENDRE). Un mot enfin sur l'IA locale : un modèle qui tourne chez vous peut éviter d'envoyer vos données ailleurs, à condition que tout le traitement reste en local. Je regarde toujours d'où vient le modèle (éditeur, licence, comportement), et le DeepSeek cité par Microsoft m'invite à la même vérification qu'ailleurs. À adapter à vos propres usages, bien sûr. Vous êtes d'accord ?
Sources : fortune.com · techcrunch.com · blogs.windows.com · blogs.windows.com · testingcatalog.com · petri.com · blogs.microsoft.com · openai.com · help.openai.com · searchenginejournal.com · support.claude.com · claude.com · claude.com · mc.merill.net · ppc.land · thenextweb.com · antigravity.google · knowledge.workspace.google.com · mistral.ai · docs.mistral.ai · mistral.ai
Cet article est extrait de la veille IA de LessentIAl, la plateforme d'Emmanuel Derrien : l'actualité de l'intelligence artificielle filtrée, expliquée, et reliée à ce qu'elle change concrètement pour votre entreprise.